Archives mensuelles : avril 2013

From Santa Lucia to Columbia : Journal de Bord du 4 au 14 Avril 2013

 Lou nous a quitté et la mer reprend ses droits. Le temps d’équiper « Da Beast », l’annexe de Da Boat, d’un moteur et de se réjouir de ses performances alors qu’il n’est encore qu’en rodage et nous voilà partis vers le sud de l’archipel, cap St Vincent des Grenadines.

Nous croisons au large de St Vincent qui paraît très belle et sauvage mais de plus petites îles nous appellent.

Nous arrivons de nuit au « port » de Bequia où nous pourrons remplir les formalités de douanes nécessaires à la suite de notre voyage.

Je suis à la barre, slalomant entre les bateaux à la recherche d’un corps-mort proche du fond de cette baie très profonde et si les mots du Capitaine m’échappent à l’instant, ils disent en substance : « Moussaillon, tu réussis cette manœuvre du premier coup et gagnes le respect de l’équipage ou c’est la honte sur ta famille pour quelques générations ». Pas sûr d’avoir gagné le respect de l’équipage mais ma descendance a été épargnée.

Le lendemain nous découvrons une eau d’une clarté exceptionnelle pleine de promesses pour les plongées à venir.

Une fois en règle, nous levons l’ancre direction Friendship Bay de l’autre coté de l’île, à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau, quelques heures à la voile.

Une deuxième ancre posée au fond à la main par le capitaine nous permet de mettre Da Boat face à la forte houle et la pêche à la langouste peut commencer.

Nous les faisons bientôt griller sur une plage de galets d’un îlot près duquel nous avons jeté l’ancre, ancien repère de pêcheur de baleines dont il ne reste que des croix de bois. Une carcasse de tortue pour finir de planter le décor et nous dégustons nos langoustes à la sauce Robinson Crusoe.

Au loin, de nombreuses îles nous appellent dont Canouan, sa baie immense, ses langoustes et pour la première fois, découverte par Bill sous un rocher, une Cigale de mer, créature préhistorique à la chair…

Nous débarquons en ce vendredi pour des grillades au coin d’une épicerie autour de laquelle le monde semble tourner. Des équipes de foot s’affrontent un peu plus loin sur un terrain en dur, l’attraction du vendredi soir et quelques buts mémorables.

Après une journée de pêche très fructueuse entachée par une court épisode de « racket » de la part d’un pêcheur pour quelques oursins qui seront remis à l’eau après que j’en ai ouverts deux et que le fruit de leurs entrailles m’ait découragé, nous retournons à terre pour trouver une toute autre ambiance. Le calme plat. Rien ni personne dans LA rue.

Nous grimpons sur la colline et osons franchir le pas en nous rapprochant d’une cabane à l’écart du village, pas vraiment touristique, encore moins éclairée autour de laquelle quelques locaux boivent un verre, genre épicerie de nuit locale.

Les locaux, très amusés par notre présence, nous font goûter leur rhum « local », 85° et un goût de thérébantine. Un vrai succès à en voir nos têtes. Nous partons sagement avant de savoir si cette soirée pourrait dégénérer sous l’effet de ce puissant stupéfiant.

A bord, c’est flic-flac ( jeu stupide pour se saouler la gueule qui fait le bonheur de tous ) sauce « Sunset » ( le nom du Rhum / carburant ). Le Sunset n’aura pas raison de notre départ matinal programmé et nous mettons les voiles vers les Tobago Cays sur les traces du Capitaine Jack Sparrow qui les rendit célèbres dans une scène de « Pirate des Caraïbes ».

Eau plus bleue que bleue qui lave le sable plus blanc que blanc, tortues, banc de raies ET une immense pyramide de sable et ses dépendances construites par l’équipage pour le plaisir d’en envoyer la photo à Lou qui en sera ravi.

Le Paradis sur terre c’est bien mais nous décidons néanmoins de poursuivre notre route vers l’ouest.

Check out à Union Island, une escale non déclarée pour ravitailler sur Cariacou et nous partons au petit matin pour croiser très au nord du Venezuela rendu quelque peu inhospitalier depuis la mort de Chavez.

C’est donc 5 jours de pleine mer, vent arrière, une bonne houle dont une vague en particulier que nous avons tous vu venir dans le noir, en plein repas et qui nous a littéralement submergés, remplissant nos bols et le délicieux repas que nous nous apprêtions à déguster. Le ton était donné.

Sport donc, si on met de coté la pêche qui elle est désastreuse. Rien. Les pertes sont nombreuses mais nos assiettes restent vides jusqu’à l’arrivée à Santa Marta, à quelques mètres de l’entrée du port, où une bonite a la bonne idée de se rendre pour notre plus grand bonheur.

Columbia ! 

Un sacré Loulou à bord : Journal du 24 Mars au 1er Avril 2013

Un père retrouve son fils après l’avoir abandonné. Le sujet a été largement traité par les romanciers et réalisateurs du monde entier, je serai donc bref.

Plages, châteaux de sable, masque, tuba, les yeux émerveillés d’un enfant à la vue des tortues qui nagent autour de Da Boat.

Lou fait également des miracles à la barre sous les ordres du capitaine.

Une semaine de rêve en Martinique pour Lou, sa mère et moi, l’équipage n’étant pas en reste et occupant ce temps à surfer.

Pour le reste, je vous laisse voir en image.

Il me manque déjà.

Ben aka Tata.

 

Journal de Bord du 9 au 24 Mars 2013

Nos aventures depuis que nous avons touché terre, dans le détail ET en photo.

Santa Lucia donc, que nous avions préférée à Barbados comme première escale.

Les 6 membres qui composent alors l’équipage, l’Amiral, le Capitaine, sa sœur Marie, Bill, « la Cuisse » ( notre Chef cuistot ) et moi même mettons rapidement le Cap plus au sud de l’île direction Soufrière, village niché au pied d’un Volcan encore en activité.

Avant même que nous ayons jeté l’ancre, un Taxi-boat vient à notre rencontre et « Michel Bob Marley », le Rasta à la barre qui se présente ainsi à nous propose déjà d’organiser pour nous toutes les excursions dont nous pourrions rêver par ici.

Au programme, un resto pas cher, un Taxi pour nous accompagner au Volcan puis vers des sources d’eau chaudes. Petite négociation et RDV est pris 2h plus tard, le temps pour nous d’enfiler masques et tubas et d’explorer le voisinage du bateau.

Du haut de la terrasse du restaurant typique où nous nous sommes attablés, nous voyons passer au bras d’un pêcheur un Coryphène qui relativise nos exploits de la veille. Quant au Baracuda…

Repus, nous embarquons dans notre Taxi « Bob Marley » direction le Volcan où une guide, armée de quelques mots Français, nous fait découvrir le site, sa boue sulfureuse au parfum d’oeufs pourris. Le spectacle est…

Taxi again direction les sources d’eau chaude. Après nous être acquittés des droits et après avoir parcouru les quelques centaines de mètres qui séparent le parking des bassins… le rêve. Ce bain qui devait durer une petite heure s’éternise. Du pur bonheur.

De retour au port, Michel Bob Marley nous attend pour un échange des plus délirant. Sa formule « tout compris » est sujette à négociation vu que nous avons déjà tout payé. En plein délire, il fait des ronds dans l’eau, parle tout seul au milieu de la baie… une scène mythique, une scène… mystique.

Les Dauphins nous invitent à quitter la baie avant l’heure du dîner. Au près, la houle dans le nez, 5 bonnes heures de navigation nous séparent de la Marina d’où l’Amiral et sa fille prendront bientôt le chemin du retour. La Cuisse aux fourneaux, pour moi ce sera vaisselle. La routine.

Veille de départ, valises, cadeaux, souvenirs, pot de départ… Demain sera effectivement un autre jour.

En attendant que le Spi soit réparé, nous écoutons les conseils des locaux et pensons prendre la route pour un genre de Festival Jazz… Nop ! Il s’agit d’un grand bar avec sa buvette extérieure dominant Marigot Bay et pour bande son, de bon gros Remix Ragga en tout genre. Plutôt sympa mais nous ne pouvons cesser de nous demander si la présence de notre chauffeur-bodyguard est vraiment nécessaire. Pas la moindre manifestation antipathique à notre égard, nous sommes néanmoins surveillés de près.

Le surlendemain, direction Gros Ilets à quelques centaines de mètres de la Marina pour la fête hebdo du quartier où se mélangent dans 2 rues locaux et touristes des plages voisines. Nous nous y rendons en Taxi Co… ambiance. Bonne soirée mais le Taxi Co. perdra de son charme au retour quand nous serons délestés de notre argent par ses occupants.

Nous ne pouvons trop nous éloigner mais cette dernière aventure finit de nous décider à aller faire un tour du coté de la Martinique.

Un escale à Fort de France pour se ravitailler et nous mettons le cap sur Trois Ilets.

Trois Ilets, Leçon :

Cherchant à rejoindre quelques voiliers de gabaries équivalent au notre, et ce malgré une étude approfondie des cartes et logiciels en tout genres, nous posons Da Boat au sommet d’une « Patate de Corail ». En Français, la quille a touché et le bateau est immobilisé. Il faut se sortir de ce mauvais pas et oublier un instant les dégâts éventuels et leurs conséquences.

Nous larguons une ancre à 25m du bateau et « winchons » dans l’espoir de nous dégager. Multiples tentatives, échecs tout aussi nombreux, le tout sous une pluie torrentielle.

Autre méthode bien connue… Bill et la Cuisse s’éloignent sur l’annexe avec la drisse de Spi directement reliée au sommet du mat et pèsent de tout leur poids avec toute la « puissance » du moteur dans l’espoir d’incliner suffisamment le bateau pour que nous nous sortions de ce mauvais pas.

Hourra ! Les dégâts sont minimes et nous pouvons jeter l’ancre un peu, beaucoup, plus loin.

Remis de nos émotions, nous débarquons et après une bière et un Rhum bien mérités, nous faisons le tour des quelques restaurants et notre choix sera le bon.

Nous partageons Boudin créole et poulet Boucané : « c’est un miracle Salomon » ! Les papilles en extase nous regagnons Da Boat ravis de cette première escale en Martinique.

Un saut de puce à la voile et la « Petite Anse » s’offre à nous. Imaginez, nager une quinzaine de mètres dans n’importe quelle direction et tomber nez à nez avec des tortues « broutant » paisiblement les fonds. On peut les approchez, calmement, parfois même les toucher si un geste brusque ne les effraie pas au quel cas elles nous rappelleront que l’eau est leur élément et la nage…

Demain, St Anne, son bar « Tropézien » et ses collégiens qui jouent un peu trop avec les annexes amarrées au ponton.

St Anne et ses Langoustes que nous pêchons pour la première fois et dont la Cuisse nous régale.

Ce soir, Lou et sa mère seront des nôtres, cap sur Ste Lucie.

Après quelques heures de navigation, nous entrons dans le port de Castries que nous quitterons quelques minutes plus tard. Le confort et l’abri qu’il offre contre le vent et la mer agitée qui remue la baie ne sont pas des arguments suffisants pour que nous imaginions les attendre toute l’après midi durant dans ce port sans vie et sans le moindre charme. Que dire de nos invités qui, la tête pleine de rêves et de « Cartes Postales » paradisiaques, ouvriraient les yeux sur une version miniature du port du Havre.

Nous levons l’ancre et décidons de la jeter dans la baie à quelques encablures de l’aéroport dont la piste longe une plage, soit, mal protégée, mais tellement plus ressemblantes à l’idée que la plupart d’entre nous se fait de la Caraïbe.

Bill m’accompagne donc en annexe à l’aéroport où l’avion me fait attendre une bonne heure pour que je puisse à nouveau mesurer le bonheur de revoir le fils que j’ai abandonné il y a plus d’un mois déjà.

Après l’avoir « étouffé » dans mes bras et couvert de bisous ( Ca va, je sais, vous vous dites : « Merci pour le mélo Ben mais passe à la suite, Papa-Loulou-Bisous etc. on s’en doute, passe nous les détails, on a compris » ), j’invite Lou et sa mère à regagner la plage où Bill nous attends patiemment, sculptant dans le noir la plage pour souhaiter à sa façon la bienvenue à son ancien « coloc’ ».

Nous chargeons sans attendre tout ce beau monde et leurs bagages à bord de l’annexe, direction Da Boat.

Le Ton est donné.

Ben aka Tata.

Terre ! Terre !

Lou à la Barre

Un Bateau, « Da Boat », l’Océan parcouru presque d’un seul bord mais autant de traversées différentes que d’équipiers embarqués. Tout autant de façons de la raconter.

Samedi 9 Mars 2013, il y a plus de 3 semaines, le mot « Terre » réveillait l’équipage plein d’espoir mais je fus pour ma part presque aussitôt frappé par une forme certaine de nostalgie.

Bien sûr, « l’exploit » accompli, la promesse d’une bière plus fraîche que la plus fraîche de tes… et l’occasion de rappeler à notre souvenir tant d’anecdotes, pêches miraculeuses, avaries diverses mettant à l’épreuve le matériel et parfois plus encore le moral de l’équipage ( un Spi déchiré et une hélice perdue en arrivant au port nous offrant une manœuvre des plus acrobatique comme pour nous rappeler que nous n’étions pas encore arrivés ). La joie d’entendre les voix de nos proches et de lire vos derniers messages dont nous avions été privés à mi-chemin. Bien sûr, LA Caraïbe et ses promesses de sable blanc, de sa mer bleu turquoise et si poissonneuse qu’il suffirait de se pencher pour en récolter les fruits, de volcans et de leurs sources d’eau chaudes. Bien sûr, bien sûr.

Loin de moi, loin de nous, l’idée de se plaindre mais bientôt déjà, l’Amiral et sa fille, la soeur du capitaine, Marie pour les intimes, s’envoleront direction Paris, sous la neige, inimaginable par ici. La fin d’une traversée, la fin d’une époque.

Bientôt oui, notre équipage héroïque prendrait sa forme « définitive » et ses airs d’équipage de « merdeux de 35 ans » en attendant d’embarquer de nouveaux équipiers lors d’une prochaine escale.

Bientôt oui, et pour moi quel bonheur, Lou et sa mère nous rejoindraient pour une semaine au Pays des Cocotiers.

La suite, Sainte Lucie, La Martinique et toujours plus de photos… dans le prochain épisode.