Archives mensuelles : août 2013

Une lettre à la poste : Trans Pacifique

Départ le 17 juin de Puerto Villamil sur l’ile de Santa Isabella aux Galapagos.

Il n’y a pas tant de choses à dire sur cette traversée. Une fois sortis de cette zone de faible vent qui entoure les Galapagos, nous nous sommes retrouvés sur un tapis volant de vent et de courants. Il nous aura fallu huit jours pour faire la première moitié du parcours, soit 1500 miles nautiques. Un petite chute de vent, un peu trop de vent arrière et 10 jours plus tard nous étions aux Marquises.

Arrivée le 5 juillet à Atuona sur l’ile d’Hiva Hoa aux Marquises.

Le bateau s’est très bien comporté et hormis des bols et des fourchettes partis à l’eau, aucun soucis matériel.

Qu’on ne s’y trompe pas, c’était impressionnant.

Galapagos

Mi Juin,
Après une navigation fatigante de 10 jours, nous décidons de nous arrêter aux Galapagos. Le séjour là bas peut couter très cher. Nous décidons donc de tenter un coup de bluff: Escale technique. Le pilote automatique du bateau est tombé en panne quelques jours plus tôt. Ca passe mais nous ne pourrons aller à terre qu’un seul à la fois et nous ne pourrons rester que deux jours. C’est déjà pas mal, on peut se reposer.
Ravitaillement en fruits et légumes, baignade avec les otaries et les raies, balades autour du village, voir des tortues, des flamands roses, des iguanes, des oiseaux aux pattes bleus, des pingouins,… Voir autant de choses en si peu de temps c’est assez fou.
Maintenant le grand saut vers la Polynésie.

La fin du Panama

Debut Juin,
Nous sommes restés encore un peu de temps au Panama en attendant de recevoir du matériel pour finir la préparation du bateau.
On en a profité pour aller se caler dans une petite baie à Playa Venao. Une semaine de surf au milieu de nulle part. Deux bars, un resto et quelques hôtels. Pas grands monde mais une bonne ambiance.
Récupération de la nouvelle chaine d’encre. 200 kg tractés mètres après mètres sur la plage, charriée en annexe jusqu’au bateau. Enfin prêt.
Un dernier Envoyer/Recevoir et hop! un mail de détresse d’Alaya (4 français rencontrés plus tôt). Nous décidons d’aller les aider. Ils sont dans le nord du Panama, à la frontière avec le Costa Rica. Après avoir frotté quelques cailloux, ils n’ont pas vraiment confiance en leur bateau et nous demandent de les accompagner jusqu’à Panama City. Un détour de 800 miles et des bons moments tous ensemble. Retour à Panama City

HDR² (Homme désirant recommencer à rêver)

HDR²
(Homme désirant recommencer à rêver)

Episode 3 : Marché

Les halles de Papeete étaient de métal et de bois. Comme tous les marchés des pays du Sud, les odeurs y étaient fortes. On y cherche les couleurs, les odeurs, les saveurs exotiques. Mais Victor, enfant du crépuscule, avait cette étonnante capacité à voir plus vite et mieux que d’autres la part de ténèbres que recèle toute chose des plus anodines aux plus belles. Son regard s’était tout de suite attaché à une pathétique créature humaine. Près d’un vendeur d’huile de monoï, un jeune homme blond aux yeux bleus se pavanait en débardeur jaune. Mais appartenait-il vraiment à l’humanité ? ou à la tératologie, la science des monstres ? En effet il devait à peine avoir 18-20 ans et sa musculature était surdéveloppée, de celles qui ne sont le produit que d’un temps tout entier voué à la musculation. Monstre de foire à sa place dans cette foire qu’est le marché, les tahitiens se faisaient prendre en photo avec lui. Dans sa vanité bienveillante, la créature leur octroyait ce don de son corps. Il relevait même son oripeau pour montrer au photographe sa plaque abdominale. De grosses veines envahissaient ses bras. Tout cela était ridicule et drôle. Victor fixa la peau juvénile criblé de boutons pustuleux asséchés par quelque roacutane. Acné ou effet secondaire bien connu des stéroïdes anabolisants ?
« Et vous ! venez ! ici on a des excellents achards ! » Victor et ses collègues quittèrent des yeux le mutant dégénéré pour se retourner vers la marchande qui les appelaient. Une belle tahitienne quadragénaire leur faisait signe d’approcher de son étal. Il y a avait des pots de confitures d’où sortaient des odeurs épicées. Elle tartinait de petits toasts. Elle en mit un sous le nez du beyonder.
– Dis-moi !
Méfiant mais souriant de la proposition, il le retourna pour que la pâte soit en contact direct avec sa langue. Les saveurs se firent musicales et colorées : do majeur, kaki, la mineur, pourpre…
– Ch’est … super bon !
– Achards de gombo , très bon pour la circulation du sang. Attention, un autre goût arrive en deuxième bouche !
Contre-ut de la reine de la nuit de la flûte enchantée revisitée sous champignon hallucinogène hawaïen :
– Mmm, c’est fort !
– Confiture de piment à la vanille !
Victor regarda la dizaine de pots différents qui ornaient la table. Derrière chacun se cachait-il le même genre de voyage ? Tous ses camarades se mirent à se pâmer les uns après les autres des voyages gustatifs qu’ils étaient en train d’accomplir.
– Cette confiture de piment à la vanille, c’est une tuerie !
– Victor ne mange pas au pot ! c’est sale et tu vas te faire du mal.
– T’occupe ! je peux crever ici et maintenant !
Une voisine poissonnière gloussa avec gentillesse :
– Avec tout ce que vous mangez, vous allez acheter j’espère ?
– Pas d’inquiétude. Votre amie va manquer de stock !
Achards de légumes : haricots, carottes, choux, brocoli, oignons, ail, gingembre : Raider on the storm revu par Alechinsky.
Achards de mahi mahi avec ma sauce aito Morea : Dead Can Dance dans une lumière de Rembrandt.
– Rajoute une rondelle de banane, beau gourmand. Et vous faites quoi Samedi soir ?
– On court pour perdre les kilos dû à ta cuisine pourquoi ?
– Rajoute de la sauce au gingembre c’est aphrodisiaque !
Gabriel, célibataire, leva un œil interrogatif ?
– Parce que ?
– Je suis de Moorea (l’ile à côté de Tahiti). J’organise samedi un anniversaire pour une amie. 29 ans et célibataire. Vous seriez libre avec vos amis ? Vous êtes célibataire j’espère ? Car il y aura beaucoup de célibataires
Victor s’étouffa, la purée de piment à la vanille sans doute…
-Non mais, c’est une vraie invitation ?
– Bien sûr ! Vous avez une carte et un tel où vous joindre ? Je m’appelle Monia.
JC, le capitaine du navire, en couple et avec sa charmante Lara à ses côtés, en sortit une de sa poche.
-On viendra en voilier. Où pourra-t-on mouiller ?
Oh ! Vous êtes des voileux en plus ? Magnifique !
Victor regarda son sac plein de pots de confiture sans confiture.
– Fais gaffe J-C, cela va finir comme le Bounty…

The carnival is over (Dead Can Dance)

Outside
The storm clouds gathering,
Moved silently along the dusty boulevard.
Where flowers turning crane their fragile necks
So they can in turn
Reach up and kiss the sky.
They are driven by a strange desire
Unseen by the human eye
Someone is calling.
I remember when you held my hand
In the park we would play when the circus came to town.
Look! Over here.
Outside
The circus gathering
Moved silently along the rainswept boulevard.
The procession moved on the shouting is over
The fabulous freaks are leaving town.
They are driven by a strange desire
Unseen by the human eye.
The carnival is over
We sat and watched
As the moon rose again
For the very first time.

Nouveau voyageur

Salutations ! Je suis Victor alias the Beyonder. J’ai fait 20 000km pour rejoindre Da Boat et son équipage. J’avais une vie pleine d’urgences et de guerres aussi critiques que vaines. Pourquoi partir ? pourquoi voyager ? parce que l’on espère que le jetlag soit plus qu’une expérience chronobiologique : on y place l’espoir d’une expérience mystique, d’une rencontre avec une altérité qui nous complétera, nous remplira. Evidemment ce n’est pas ma première tentative, et donc ce ne sera pas ma première désillusion. Consommer la beauté du monde, c’est s’y consumer plus que s’édifier. Hier, les montagnes jaunes de Chine, les plaines de Mongolie, les aurores boréales du cercle arctique. Aujourd’hui les limbes du Pacifique, les baleines bleues rentrant d’Antarctique et les volcans hawaïens. Demain, les crépuscules du Mato Grosso, les eaux thermales islandaises ? So what ? Enfants gâtés zappant de jouets extraordinaires en jouets merveilleux, il nous manque un code, un savoir faire. Nous sommes comme ces apprentis alchimistes ayant la formule de la pierre philosophale et n’arrivant pas à la réaliser. Frustration !
Et pourtant ! pourtant, nous sommes là. Sans être vieux, nous ne sommes plus jeunes. Nous avons jeté nos dernières forces, nos dernières économies, et nos derniers espoirs toujours mystérieusement renaissants dans cette nouvelle entreprise. Il y a toujours des possibles, des carrefours. Donc nous sommes là, handicapés équilibrés par l’alcool et le spleen à jouer des va-tout. Parce que même perdants à notre jeu, nous sommes bien au-delà de certains gagnants à leurs jeux. Vanité des loosers à panache ? peut-être …
Bienvenus sœurs et frères numériques, voici les voyages du Bateau. Nous sommes les figures insatisfaisantes de vos imaginaires mais vous nous enviez quand même. Et parmi eux, je suis celui qui vit ses rêves pour survivre à ses cauchemars. Embarquement immédiat !!!!!!!!!!!!!!!