Archives mensuelles : avril 2014

Ushuaia => Rio de Janeiro

Mes salutations, ici le capitaine:

L’Antarctique a été un succès. Nous sommes autant ravi de ce que nous y avons trouve, que d’être rentre sans encombres. Mais il est temps de retrouver un peu de soleil. Le bateau et l’équipage a bien mérité un peu de tranquillité (météorologique) et un peu d’agitation (ludique).
Nous décidons donc de remonter d’un coup toute la cote Argentine puis Brésilienne en une seule étape.

L’entrée dans la cour de jeu:
Les bruits de ponton nous annoncent un passage du canal de Lemaire qui peut être terrible. Pour info, le Lemaire est la porte d’entrée de l’Atlantique Sud. C’est entre la Terre de Feu et son Ile la plus extrême-Est. Le plus gros bateau-tank croise (« Fraternidade ») a attendu 3 jours en observant les déferlantes aux jumelles avant d’y aller… Les déferlantes atteignent 10m lorsque le courant puissant (de marée, de vent) s’oppose au vent(souvent Nord => Sud). Nous préparons les marées, les météos etc… et une fenêtre se dessine. Départ quasiment immédiat par 35 nœuds de vent. Navigation avec le vent de nuit. Approche lorsque la marée commence a pousser vers le nord, au moment ou (croisons les doigts) les capricieux vents de « queue de dépression » s’inversent. Tout marche. On passe a fond et confortablement.

La remontée, sans confort:
Statistiquement en cette saison, les courants doivent être opposes et raisonnables. Les vents doivent être capricieux et plutôt forts: plutôt portants lorsque forts (et on sait encaisser ça), mais plutôt serres lorsque faibles (pas génial). La navigation se passe bien, avec par chance un long bord au près serre ou le courant latéral nous aide a avoir une bonne trajectoire. Autrement dit le vent nous pousse vers le large, mais le courant en crabe corrige cette tendance, ce qui est parfait.
Par contre, fi du confort: nous faisons encore et encore du près, bien penches, bien tapants. Nous savons que le bateau peut encaisser, et nous réchauffons notre moral en imaginant le soleil a venir. Mais ça fatigue… on dort mal… on mange peu en bénissant la mémoire de la Kisse qui nous a abandonnes (je blague)… et les moyennes juste passables. Nous hésitons entre les grands fonds pour sa houle rangée, et le plateau continental qui pourrait nous offrir de belles déferlantes.
Un soir et en eau profonde, nous luttons contre 3 nœuds de courant contraire, au près. Nous n’avançons plus. Tout tape, c’est exaspérant. Nous décidons de coller aux cotes, sur le plateau. Les moyennes remontent, mais il faut en permanence pousser Da Boat. Les orages modifient les vents, le courant s’oppose, la mer est hachée. C’est 4 a 5 manœuvres par quart de nuit, en solo, pour rester efficace. Un bon sport (pour être courtois) qui laisse des courbatures aux épaules.

La relaxe et l’arrivée:
50emes, 40emes, 30emes… les latitudes défilent et la température monte. Nous posons les habits techniques, nous baignons pour la première fois. Quel bonheur de se délier les muscles, de s’étirer de tout son corps. Les oiseaux changent. Les goelans nous ont suivi longtemps, mais des nouvelles têtes et des nouveaux becs apparaissent. Apres 3 semaines de nav, nous arrivons juste au Sud de Rio, a Angra Dos Reis. C’est plus petit et agréable pour faire les procédures (immigration, douanes, autorités portuaires, sante). Nous foulons le sol chaud, buvons la bière de la victoire, et repartons vers Parati. La région est belle. L’esthétique et le ressenti est proche de l’Asie après tout, entre gros rochers/îles, verdure et humidité.
A Parati, nous trouvons une ville charmante, donc les routes pavées s’inondent aux vives eaux. Dans les marinas, c’est la débandade budgétaire: entre 60 (parce qu’on connait le patron) et 250euros la nuit. Le Brésil a ses riches, qui ont leurs bateaux, qui aiment Parati-la-carte-postale. Nous offrons 2 jours de marina et de nettoyage intense a Da Boat. Nous démontons tout, nettoyons a l’acide, au basique, grattons, pompons, rinçons, décrassons le taek, cirons. La quantité de crasse accumulée était en fait énorme, et nous nous y étions un peu trop habitue dans le froid, l’humidité et la pénurie d’eau de la Patagonie. Le premier jour, personne ne mange, sauf un coca. J’admire Guillaume et Benjamin pour leur pugnacité spontanée. Pas de flagellation, mais quand il faut bourriner, ils sont toujours la. Probablement pas une coïncidence qu’ils soient sur le bateau, et qu’on soit amis.

Boom boom tchac tchac:
En parlant de faire ce qu’il faut, nous fonçons tête baissée dans la ville, ses batucadas, ses danses et ses chars. C’est le carnaval partout. La ville et les gens sont en liesse. C’est plus petit et bourgeois vers Parati ou les jets prives zèbrent le ciel. Ça sera plus urbain, démesuré et populaire a Rio. Prochain post…

Bon vent a tous
Da Capitao