Archives de l’auteur : Guillaume Ségur

New York

Nous connaissons tous NY. Benjamin y a fait du music-business, Guillaume et moi l’avons atteint en road-trip cross-US, et depuis Montréal ou l’on étudiait/cherchait il y a 10 ans. Mais quel confort de vivre ainsi a l’aplomb de Manhattan.
Le bateau est bien installe a son corps mort, et la fraîcheur permet de passer des excellentes nuits. Des la matin nous enchaînons les activités touristiques:
– boire son café dans une bassine: le « petit » café (américain donc géant), plutôt pisseux, est tranquillement bu dans la demi-heure qui suit. Nous marchons en buvant et mangeant comme tout le monde.
– manger américain: burgers et pointes de pizzas représentent 90% de notre alimentation. Nous cherchons les « meilleurs » endroits (toujours sujet a débat des locaux)
– marcher beaucoup: le système de Streets&Avenues en matrices rend les déplacements simples en théorie mais, malgré le bon métro, nous faisons de la randonnée pédestre. Nous marchons des kilomètres tous les jours. Nos jambes affaiblies par les positions statiques du bateau souffrent. 2 paires de chaussures y passent… ampoules a gogo… C’est un syndrome du touriste bien connu, mais nous voulons profiter a fond.
– visiter des quartiers typiques: China Town, Est Village, Alphabet Village, Greenwich village, Soho, Brooklin, Chelsea, Central Park, Wall Street, Memorial 9/11 etc etc… Chaque quartier mériterait une description, mais ce serait un peu long a lire.
L’architecture est omniprésente. Les bâtiments sont souvent influencés par de l’art-déco. Le gouvernement réhabilite des espaces, comme la High-Line (sorte de « ceinture verte » transformée en ballade aérienne). Personnellement, entre les Flatiron, Chryler, ou les plus simple maisons de brique, je trouve quasiment tout magnifique.
– visiter de l’art: NY est connu pour la densité de son art. Nous visitons des musées, des expo temporaires et des galeristes.
Pour les musées, nous pouvons citer le MET (leur « Louvre »), qui propose des collections impressionnantes (armures, lames japonaises, intérieurs Louis XIV, mode…).
Pour les expo, une usine de sucre en voie de destruction héberge un sphynx nègre géant (de sucre) dans son espace intérieur de cathédrale puante
Pour les galeristes, c’est le plaisir de picorer chez les bons et les moins bons, au hasard d’une porte poussée. Une espece de shopping-zapping de l’art.

On dit qu’une personne entièrement dédiée a visiter tout l’art de NY n’aurait pas assez d’années dans sa vie. Ça m’a l’air plausible.
– sortir dans des bars de sport: c’est la finale de Castres (no comment please) et le début de la coupe du monde. Chaque bar propose ses happy hours et sa liste énorme de bières a la pression, et nous aimons parfois nous laisser prendre au piège.

Chacun de nous retrouve des amis… Laure et Lou nous rejoignent. Nous jouons au bateau-mouche et revisitons les abords de la Statue, passons sous le Brooklin Bridge pour notre plaisir et celui de nous invites d’un jour. Ah les temps sont bons a NY! J’élude considérablement les détails, pour qu’il nous en reste a vous raconter de vive-voix. NY nous est apparue unique, mélangée, impressionnante, toujours intéressante, et ne semble suivre que son propre modèle. Elle a réussi le quasi-exploit de ne pas décevoir des gens qui en attendaient beaucoup.

Il faut s’arracher de l’hypnose de cette une excellente (dernière) étape. Nous préparons facilement le bateau, remplissons les cales et les cuves. Il est temps de larguer les amarres, sous un ciel bleu, avec vent favorable et un courant positif.

A bientôt

Da Captain.

De la Guadeloupe vers la Big Apple

La navigation nous mènera des grandes chaleurs des Caraïbes, aux fraîcheurs printanières de New York (40eme Nord).
Nous progressons a un rythme moyen, avec des vents très variables, mais jamais trop forts. Toutes les allures y passent, et nous jouons souvent a cache-cache avec les grains. La houle n’est pas très agréable: Elle n’a pas la rondeur du Pacifique.

Notre route:
Notre avons choisi la route directe, en laissant le GulfStream a l’Ouest, et les Bermudes un peu a l’Est. En théorie, le Gulfstream serait une bonne occasion d’accélérer notre progression vers le Nord, mais il y a régulièrement des coups de vents venant du Nord. Et lorsque le vent s’oppose au courant, le résultat peut être explosif, alors nous éviterons.

Les Bermudes:
Des légendes entourent cet endroit. Les bateaux et les avions y disparaîtrait encore. Notre route directe nous les fait longer. Au petit matin, ce n’est plus un grain que nous repérons au radar, mais un chapelet de grains, parfaitement alignes. En sortant la tête, je vois un front gris, bas et instinctivement inquiétant, se rapprochant de nous (cf photos). Je déroute mais le front nous frôle. Des lueurs me donnent l’illusion que ce front peut-être traversé dans sa largeur alors je m’y lance. Tout va bien pendant 20 minutes, puis le vent s’affole et tournoie. Le tau s’arrache et le ciel balance ses paquets d’eau. Les éclairs zèbrent le ciel et se rapprochent. Le scénario était préparé, alors nous déroulons le papier a musique avec Benjamin:
– ne pas insister dans l’erreur, alors demi-tour pour sortir du front
– couper les interrupteurs, débrancher les appareils
– couper les batteries
– fixer des gros câbles de démarrages sur les haubans et les traîner a l’eau pour faire paratonnerre
– barrer a l’ancienne, a la boussole
Etrange sensation que de retrouver Da Boat sans une lumière, sans instruments, sans pilote, sans radar. Je me mets a repenser au Golif, et aux navigations a l’estime comme l’amiral m’avait appris. La mer est belle dans cette ambiance terrible. La pluie rend la surface matte. L’air est chaud. Les éclairs s’éloignent et le ciel est moins sombre. La mer se calme. Tout va bien et nous rallumons les instruments, lumières, frigos, etc etc… Versailles est de retour. Guillaume se réveille, il n’avait rien remarqué. Sacrés Bermudes!

Le sweat-shop:
La navigation continue sont train, mais le bricolage n’est jamais loin. Lors d’un contrôle de voile classique, nous constatons que le foc est fendu sur toute une horizontale. Nous démontons et montons un gréement de fortune avec un petit foc a l’ancienne que nous avions garde en cale. Il semble ridiculement petit par rapport aux besoins de Da Boat. A l’examen du foc, une couture a lâché, ouvrant le foc dans toute sa longueur et déchirant la protection UV. Le fil a quasiment disparu, probablement bouffé par les UV. Nous installons un atelier dans le bateau, sortons les aiguilles et le fil poisseux, et c’est parti. Nous alignons avec des épingles puis cousons a la pince pour traverser le gros tissu rigide. Je compatis avec tous les petits enfants vietnamiens qui cousent des baskets en suant sur l’ouvrage. Au bout de 30 minutes, j’ai fait 30 centimètres. Un rapide calcul m’annonce qu’il faudra coudre pendant environ 12h, ça m’en prendra 15 (avec une pause dodo de 3 heures au milieu). Heureusement que les pilules anti-nausée fonctionnent.
On ré-hisse, et ça tient.

Le Gulfstream:
Justement le vent forcit, mais sans s’opposer au courant du Gulfstream, et nous nous lançons dans sa traversée, pour atteindre notre destination de NY. La mer grossit car nous nous rapprochons du plateau continental. Le vent est gérable, et nous nous frottons les mains en regardant le compteur de vitesse. Ce fameux Gulfstream va nous faire faire une moyenne d’anthologie! Eh non, le courant a un angle étrange et plutôt latéral, voire opposé. Le Gulfstream doit probablement plonger a cet endroit, et nous subissons des remous de surface. Etrange et décevant.

Arrivée a NY:
3 ris dans la GV et un peu de moteur pour bien rester dans les chenaux d’approche de la ville. Tout le monde est sur le pont, bien emmitouflé car il fait froid. Manhattan se dessine avec la lumière du matin. Nous passons sous un pont, longeons la statue de la liberté, Ellis Island, puis remontons la Hudson River(a l’Ouest de Manhattan) en cherchant une marina qui ne nous ruine pas. Le conseil des américains de Guadeloupe n’était pas un tuyau percé: nous nous installons, a bon prix, le long d’un parc, a l’aplomb de Central Park. Nos yeux sont déjà charges de plein d’image de cette ville spectaculaire. Da Boat est dans la ville qui lui a invente son « Da » (signifie « The » en anglais New Yorkais).

Da Captain

Guadeloupe

Nous arrivons a la Marina de Bas du Fort, un peu au Sud de Pointe a Pitre. L’accueil est agréable, et nous retrouvons une ambiance de ponton « a la Française ». La communauté des marins se salue, s’échange leurs récits d’étapes précédentes ou suivantes, et des histoires de guerre. Je peaufine ma recette de caïpirinha au fruit de la passion quand nous recevons des voisins s’étant lances dans l’aventure XXL sur des bateaux S. Je me fais même interpeller par un marin, de la famille de Laure, qui lisait ce même blog la veille! Si je disais « que le monde est petit » a chaque fois que je le pensais, je radoterais. Des voisins américains nous donnent des informations précieuses sur NYC (et ou mouiller pas cher). Un couple nordique nous fournit toutes les cartes électroniques nécessaires. C’est « radio-ponton » dans toute sa joie.
Nous n’oublions pas nos devoirs et lavons les cales de Da Boat avec acharnement, puis réparations du ventilo de cale-moteur, usinage d’une contreplaque en bas de foc, étanchéité hublots et évier, réparation du lit scié, électricité du transformateur, protection de la barre de flèche, bouée et feu de retournement, fabrication d’un crochet a poisson, débouchage des cuves a eau noire, dégrippage du moteur d’annexe, vidange moteur, anode sacrificielle a visser sous l’eau etc… bref la routine.
Le devoir accompli, nous visitons l’île en voiture. La nature y est étonnamment belle. Nous voyons des plages parfaites, des falaises donnant le vertiges, une baie quasiment rectangulaire qui est un fantasme de piscine, des roches volcaniques font marcher en surplomb d’une mer aux remous inquiétants.
Nous partons, les cales pleines, vers les Saintes. Quel plaisir de se délasser en apnée, a la recherche de langoustes. Un vrai supermarche, comme d’habitude par ici, et nous enchaînons les repas. Finalement, rien ne bat le fait de simplement les bouillir (pas trop) et de la manger avec un bon aïoli.
Treve de treves, et la saison des cyclones se rapproche: nous partons vers New York le 16 Mai au matin.

Da capitaine a.k.a Da Langouste slayer